mercredi 9 novembre 2016

Film de la mission "Rwanda Fungi"

Le film, « Rwanda Fungi » retrace les différentes étapes de la mission menée par le Jardin botanique Meise au Rwanda du 13 avril au 4 mai 2015.

dimanche 3 mai 2015

La ferme aux champignons

Laurent Demuynck, directeur de Kigali Farms
La partie scientifique de la mission touche à sa fin. Le moment est venu de transférer chez Kigali Farms les boites de Petri contenant les souches inoculées des champignons comestibles (voir « sporée et inoculation »). C'est à partir de ces souches sauvages que Kigali Farms réalise en grandeur nature les tests de mise en culture et de développement des souches jusqu'à la production de champignons.



Nous avons rendez-vous à Kigali avec Laurent Demuynck, le fondateur-directeur de l'entreprise. Il nous présente les missions de son entreprise et son implication dans le projet : « Kigali Farms est une entreprise sociale qui a démarré au Rwanda en 2010 dans l'idée d'apporter une solution business au problème de la malnutrition. Nous nous consacrons aux champignons car ils ont de grandes qualités nutritionnelles et avons un intérêt particulier pour les espèces sauvages comestibles qui n'ont jamais été étudiées au Rwanda. Notre ambition est de trouver la « perle rare » des forêts rwandaises que la population locale consomme et de transformer le Rwanda en centre d'excellence pour l'exploitation des champignons dans toute la région. »



Direction ensuite le centre de production de Byumba où nous sommes accueillis par Ariane Mukeshimana (Manager of Production and Quality) et Pélagie Nyirandikumana (Byumba Farm Manager) qui nous font découvrir les différentes étapes de production à partir des souches sauvages récoltées par nos mycologues. Suivez le guide...



Première étape : multiplication du mycélium

Un fragment de mycélium des souches sauvages est prélevé et transféré dans une nouvelle boite de Petri contenant de l'agar-agar et un milieu de culture approprié. Ce travail se fait dans des conditions stériles et selon un protocole précis. Le mycélium va ainsi pouvoir se développer.




Deuxième étape : production du « blanc de champignon »

Un fragment d'agar et de mycelium est transféré de la boite de Petri dans un milieu à base de céréales moulues. Le mycélium y poursuit son développement pour aboutir à ce qu'on appelle « le blanc ».



Troisième étape : inoculation du « blanc » dans des sacs de culture

Le « blanc » est ensuite inoculé dans des sacs (appelés « tubes » dans le jargon de l'entreprise) préalablement pasteurisés. Ces tubes sont composés de brisures de coton, de son de blé et de chaux éteinte. Ce nouveau milieu est à la fois favorable au développement du mycélium et à la fructification du champignon.




Quatrième étape : les tubes sont mis en incubation

 Les tubes inoculés sont entreposés à l'obscurité dans des chambres d'incubation en attendant de les faire fructifier (l'obscurité empêche la fructification du mycélium).



Cinquième étape : les tubes sont enterrés
Les tubes sont enfin transférés dans des bacs de fructification contenant de la terre en maintenant une humidité constante de 95 % et une température de 18-22°C. Ces tubes fructifient et produisent des champignons (ici, de classiques pleurotes de culture).

A l'heure où nous écrivons ces lignes, il est trop tôt pour obtenir et présenter des résultats à partir de nos souches sauvages. A suivre...

samedi 2 mai 2015

Au camp de base


La récolte des champignons comestibles dans les forêts de montagne n'est que la première étape du travail de nos mycologues. De retour au « camp de base », la journée est loin d'être terminée…



Chaque échantillon récolté comporte généralement plusieurs champignons issus du même mycélium. On y associe un numéro, une fiche descriptive, des photos prises sur le terrain et une « photo technique ». Ensuite, chaque échantillon subit plusieurs traitements avec trois finalités :

1. Sporée et inoculation
Sporée
Inoculation
Le chapeau d'un exemplaire est posé sur un support afin de recueillir les spores. C'est ce qu'on appelle « faire une sporée » dans le jargon mycologique. Le lendemain, des spores sont récoltées et inoculées dans une boite de Petri contenant un milieu de culture (agar-agar). Après quelques jours, du mycélium se sera développé dans la boite de Petri et sera mis ultérieurement en culture chez Kigali Farms.



2. Souches vivantes et échantillons d'ADN
Fragment de champignon dans un tube pour analyse ADN
Un fragment de quelques mm³ de l'échantillon est déposé dans un petit tube contenant du CTAB, une substance qui bloque la dégradation de l'ADN des cellules. Une fois de retour en Belgique, les tubes vont enrichir les collections de matériel génétique du Jardin botanique Meise tandis que les souches vivantes iront à la « mycothèque » de l'UCL, une collection fédérale de quelque 30000 souches vivantes de champignons provenant du monde entier. Ces souches peuvent ultérieurement  être utilisées pour des cultures et les tubes faire l'objet d'analyses génétiques, par exemple dans le cadre de recherches taxonomiques.



3. Collections du Jardin botanique
Echantillon séché pour les collections
Le reste de l'échantillon sera séché, conservé dans un sachet hermétiquement fermé, et déposé chez RDB avec un double dans les collections du Jardin botanique Meise, accompagné de la fiche descriptive, des photos de terrain, de la photo technique et d'un échantillon de spores issus de la sporée. L'examen des spores sous microscope est souvent une étape nécessaire pour confirmer ou affiner l'identification d'une espèce.



Une journée de mission débutée à l'aube se termine rarement avant 19h00…


jeudi 30 avril 2015

Surprises sous les bambous


Le Volcan Sabyinyo
Les forêts de feuillus au pied du volcan Bisoke nous ont fait découvrir une grande diversité de champignons. Qu'en est-il des forêts de bambous ? Pour répondre à cette question, l'équipe scientifique a prospecté le pied de trois volcans (Sabyinyo, Gahinga, Karisimbi) qui comportent de belles populations naturelles de cette herbe géante.



Un nouveau guide local nous accompagne. Il s'appelle Damascène (comme celui de Gishwati) et en connaît un bout sur la forêt. Rien d'étonnant : il y a vécu 18 ans avant d'en sortir il y a une vingtaine d'années.



Direction, d'abord, le Volcan Sabyinyo. De nombreux sentiers se croisent sous les bambous. Ils sont parsemés d'empreintes d'ongulés. Des buffles, nous précise Raymond. Et ils semblent nombreux vu la quantité de traces et de bouses qui les jalonnent.



Les champignons comestibles sont au rendez-vous. Damascène ne connaît pas leur nom local mais nous détermine sans équivoque ceux qu'il a déjà mangés. En réalité, nous constaterons qu'il mange à peu près tout… ce qui peut être consommé. Loin d'être de bons comestibles, ce sont probablement des champignons non toxiques que les mycologues qualifient volontiers de « comestibles médiocres ou sans intérêt ». Mais lorsque Damascènne vivait en forêt, il n'était probablement pas question de faire la fine bouche…




«Ce qui frappe, constate Jérôme, c'est le nombre de champignons qui utilisent le bambou comme support. Mais leur diversité est néanmoins faible : tout au plus quelques marasmes et collybies. Et très peu d'espèces de champignons poussent sur la litière constituée des feuilles de bambous ».



Mais si la diversité spécifique est faible, les bambouseraies hébergent toutefois quelques originalités. Première surprise : deux espèces d'armillaires poussent sur les bambous des trois volcans : l'armillaire couleur de miel (Armillaria mellea), bien connue de nos forêts européennes et l'Armillaria heimii.  

Collybie dorée (Collybia aurea)
Plus étonnant, dans les bambouseraies du Karisimbi nos mycologues ont récolté coup sur coup deux autres espèces : la collybie dorée (Collybia aurea), champignon comestible jaune orangé très apprécié au Burundi voisin et un exemplaire de Termitomyces robustus, le fameux champignon qui vit en symbiose avec des termites. «La présence de ces espèces comestibles sous les bambous des forêts de montagne est pour le moins singulière. C'est réellement une des grandes surprises de notre mission !», précise avec satisfaction notre mycologue.


mardi 28 avril 2015

Mycologues dans la brume

Les champignons appartiennent aux mycologues qui se lèvent tôt... Il est 7h00… Direction l'entrée du Parc des Volcans, à Kinigi, où nous avons rendez-vous avec Raymond, un garde qui nous accompagnera toute cette semaine dans nos pérégrinations mycologiques sur les volcans. Nous ne sommes pas seuls au centre d'accueil du Parc, une armada de 4x4 et de touristes sont en partance pour réaliser leur rêve : approcher le gorille des montagnes !

Parmi les Lobélies

Pleurotus cystidiosus
Le volcan Bisoke ou Visoke (3711 m), couvert de brume, sera notre première destination. Une poignée de militaires nous attendent à son pied ; ils seront nos anges gardiens durant notre ascension en raison de la présence de buffles, nous affirment-ils. Nous progressons péniblement parmi les Lobelia tant le sentier est rendu spongieux et boueux par la présence de sources et de suintements. 

Les arbres sont majestueux, couverts de mousses et de lichens… mais aussi de champignons ! Parmi ceux-ci, une belle diversité de comestibles… dont une nouvelle espèce de pleurote pour notre mission (Pleurotus cystidiosus). Comme d'autres, sa culture sera testée chez Kigali Farms.

Raymond marque un très grand intérêt pour notre mission et les champignons sauvages. Il connaît la comestibilité de certains mais regrette ne pas en savoir plus. « Cela tombe bien, explique Jérôme, car dans le cadre du projet, nous allons réaliser pour les gardes des Parcs un guide illustré des champignons comestibles des forêts de montagne. »

La récolte est bonne. Une 20aine d'espèces différentes grossiront le panier de nos mycologues dont une Agaricale indéterminée de couleur verdâtre. « Peut-être une espèce nouvelle pour la science, mais cela devra être confirmé de retour de mission », poursuit notre scientifique.

Sur les traces de Dian Fossey

Après quelques heures d'une marche alourdie par la boue, nous atteignons les vestiges du campement de Dian Fossey, assassinée en 1985. « Nyiramachabelli », la « solitaire de la forêt » repose ici aux côtés de Digit, un de ses gorilles préférés. 

L'après-midi est bien entamé. Il est temps de redescendre et de retourner au « camp de base » où se poursuivra le travail de nos scientifiques. En chemin, nos pas croisent une trace fraîche de gorille. On se prend à rêver...

dimanche 26 avril 2015

Destination Volcans

Après Bweyeye et Gishwati, voici déjà la troisième étape de notre mission : le Parc national des Volcans. Ce Parc situé au nord du Rwanda, le long de la frontière avec la République Démocratique du Congo et l'Ouganda a été créé en 1925 (alors Parc Albert) afin de sauver les derniers gorilles de montagne (Gorilla gorilla beringei). 

Depuis sa création, il n'a cessé d'être grignoté de toute part par les agriculteurs et les éleveurs mais aussi, à plusieurs reprises jusqu'en 1979, par l’État pour faire face à une démographie galopante et permettre la culture du pyrèthre. Ainsi, des 34.000 hectares présents en 1960, le Parc actuel ne couvre plus, aujourd'hui, que 16.000 hectares qui sont fermement protégés par l’État rwandais.


Le Karisimbi (4507 m), le plus haut sommet du Parc des Volcans
Une des particularités du Parc est la présence de cinq volcans éteints parmi les huit ponctuant la chaîne de montagnes des Virunga (volcans, en swahili) : Karisimbi (4507 m), Bisoke (3711 m), Sabyinyo (3634 m), Gahinga (3474 m) et Muhabura (4127 m). Quatre étages de végétation recouvrent leurs pentes, du pied au sommet : la forêt de bambou (Yushania alpina) entre 2500 et 3200 m d’altitude , la zone à Hagenia-Hypericum (3100-3500 m), la zone à Senecio-Lobelia (3500-4200 m) qui marque la limite de la végétation arbustive et enfin, la zone alpine située entre 4200 et 4507 m et composée d’herbes, de lichens et de mousses.

C'est sur les flancs de ces volcans que nous poursuivrons, ces prochains jours, l'inventaire des champignons comestibles des forêts de montagne du Rwanda. Gare aux gorilles...


samedi 25 avril 2015

Ethnomycologie à Gishwati


La route est longue depuis notre pied à terre à Nyundo, près d'une heure et demie de piste défoncée pour atteindre les portes de la forêt de Gishwati. Partout où se porte le regard s'affiche la fierté de la région : le thé, l'un des plus réputés du Rwanda à en croire un panneau publicitaire...

Ce matin, nous avons rendez-vous avec Charles et Martin, deux Rwandais d'origine Batwa qui seront nos guides durant deux jours. Ils connaissent bien la forêt de Gishwati, et pour cause : jusqu'en 1985 environ, nous explique Charles, lui et les siens vivaient sous sa canopée. Depuis, ils ont été forcés de la quitter pour rejoindre des villages et ce qu'il reste de leur habitat originel est devenu un sanctuaire protégé dont l'accès leur est à présent interdit… Les champignons font-ils encore partie de leur savoir traditionnel ? Les consomment-ils et comment les dénomment-ils ? C'est ce que nous avons tenté de savoir…

Pour pénétrer dans la forêt, nous empruntons l'un des sentiers étroits, sous le chant assourdissant des cigales et de quelques oiseaux exotiques. Au loin, des cris de chimpanzés ponctuent de temps à autre notre avancée.... Après quelques minutes, un premier champignon : des oreilles de Judas (Auricularia cornea et A. delicata), que nos guides appelent 'Ikinyagutwi' en kinyarwanda. S'ils connaissent ce champignon, étonnamment, ils ne le consomment pas alors qu'il est

Auricularia cornea
un mets très apprécié ailleurs en Afrique centrale. Le temps de faire quelques photos et de prélever quelques échantillons, nous poursuivons le chemin. De temps en temps, la machette de nos guides intervient pour contrer l'exubérance végétale. Plus loin, un agaric (Agaricus cf. bingensis). Comestible réputé en Ouganda, ici, ce champignon n'est pas consommé du fait d'une croyance qui voudrait qu'on deviendrait sourd en le consommant. Sa dénomination locale est sans équivoque : 'Ikizibamatwi' qui signifie « bouche l'oreille » !

Au fil de notre progression, nos guides nous font découvrir une vingtaine d'autres espèces qu'ils consomment, toutes dénommées 'Ubuzuruzuru', probablement un nom générique pour distinguer les comestibles. Parmi ces derniers, une trouvaille intéressante, un pleurote (Pleurotus djamor) qui ira rejoindre les autres espèces de champignons sauvages mises en culture chez Kigali Farms.

Si cette connaissance des champignons est encore vive chez Charles et Martin, ce n'est plus le cas chez les plus jeunes qui n'ont jamais connu la vie en forêt. En brisant le contact ancestral qu'ils avaient avec le milieu et en ne leur permettant plus d'utiliser ces ressources, nul doute que ces informations disparaîtront en l'espace de quelques générations seulement. L'ethnomycologie fait partie intégrante de notre mission scientifique et du travail mené par le Jardin botanique Meise en Afrique : identifier les espèces consommées, noter leur nom local, lister leurs utilisations éventuelles... Avant que ce savoir ne disparaisse à jamais…

jeudi 23 avril 2015

La Forêt de Gishwati

L'équipe scientifique est renouvelée par Gudula, une jeune rwandaise qui remplace Assoumpta pour le reste du séjour. Après les amanites de Bweyeye, l'étude des champignons de la Forêt de Gishwati, en particulier des champignons comestibles, marque la deuxième étape de cette mission.

Forêt de Gishwati


La superficie actuelle de cette forêt n'est malheureusement plus qu'un mouchoir de poche, à peine 1500 hectares contre 28.000 en 1970 ! La perte est énorme… En cause, l'agriculture, le pâturage libre du bétail, la réinstallation des réfugiés après le génocide, la plantation d'arbres non indigènes… Avec des conséquences importantes sur l'environnement : érosion, diminution de la fertilité des sols, etc… Les pertes en terme de biodiversité sont probablement immenses aussi mais, faute d'études sur les organismes de la réserve, elles ne sont pas documentées. Ce qui est certain, c'est que les quelques chimpanzés et singes dorés encore présents doivent se sentir très à l'étroit… Une lueur d'espoir existe toutefois à travers un projet de corridor forestier réunissant la forêt à celle du Parc de Nyungwe. Si cet ambitieux projet devait se réaliser, il viendrait désenclaver la forêt de Gishwati…

C'est dans ce contexte a priori peu favorable que notre équipe va travailler ces prochains jours. La diversité mycologique sera-t-elle au rendez-vous et aussi riche que celle des forêts de montagne de Nyungwe et des Volcans ? L'avenir nous le dira...

Coucher de soleil sur le Lac Kivu







mardi 21 avril 2015

En route vers Gishwati


Journée de transition... La Jeep nous emmène vers la réserve forestière de Gishwati qui surplombe le Lac Kivu à quelques encablures de la ville de Gisenyi. C'est dans cette première forêt de montagne de près de 1500 hectares que l'équipe scientifique crapahutera les prochains jours à la recherche de champignons comestibles susceptibles d'être cultivés par notre partenaire Kigali Farms.

En route, la 4x4 stoppe net. « Des Termitomyces robustus», s'écrie Jérôme. Une jeune fille en vend deux belles poignées au bord de la route. Ce champignon comestible, réputé dans toute l'Afrique centrale, ne figure pas au programme de cette mission scientifique. Et pour cause, il est peu probable qu'on puisse un jour arriver à le cultiver !

La raison est simple : les Termitomyces poussent sur les termitières, en symbiose avec les termites. Leur relation est du type « win-win » : en cultivant le mycélium à l'intérieur de la termitière les insectes sont aidés dans leur mécanisme de digestion du bois par ce mycélium. Cela signifie que si nous voulons un jour pouvoir cultiver le champignon, il faudrait aussi arriver à « domestiquer » ou «élever » les termites qui sont indispensables au développement du mycélium. Et là, on en est très loin… Voilà pourquoi la mission scientifique se concentre surtout sur la recherche de champignons comestibles saprotrophes (comme le pleurote), dont la culture du mycélium est plus facile à mettre en œuvre… comme vous pourrez le découvrir dans un prochain reportage consacré à « la Ferme aux champignons ».

vendredi 17 avril 2015

Retour à Bweyeye

Ce matin, nous réempruntons la piste de Bweyeye, deux heures de cahotements en jeep à travers la Forêt de Nyungwe pour retrouver Danasen, notre guide local de la veille. Nous lui avons confié la mission de nous trouver un beau lot d'amanites pour les besoins des études toxicologiques qui seront menées ultérieurement. Nous sommes confiants sur les récoltes à venir étant donné la présence, déjà, de quatre exemplaires la veille...

En remontant le village, apparaît Damascène, un panier à moitié rempli de champignons. Un coup d’œil rapide de notre mycologue confirme que ce sont bien les amanites recherchées et leur nombre est suffisant, une belle quinzaine d'individus !

Satisfait, notre mycologue Jérôme décide de partir arpenter les collines avoisinantes à la recherche d'autres espèces en laissant le soin à Assoumpta de poursuivre l'enquête sur la comestibilité de l'amanite. Il est en effet essentiel de croiser les témoignages… 


Une jeune fille, Louise, accepte de nous montrer la manière dont elle prépare ce champignon. Nous remontons le village suivis par une ribambelle de jeunes enfants souriants qui viendront bientôt envahir l'espace exigu de sa maison. 



Louise confirme les premiers témoignages : la peau (cuticule) du chapeau est retirée. Une fois le champignon épluché, sa chair est coupée en morceaux et cuite dans l'eau, accompagnée d'autres légumes (tomates, oignons...). Assoumpta questionne Louise sur le but poursuivi par cet épluchement, s'il s'agit d'éviter la présence de poisons contenus dans la cuticule ou pour d'autres raisons. Elle nous explique que c'est parce que la peau est gluante mais non à cause d'une toxicité. D'autres témoignages recueillis par Assoumpta parlent, par contre, d'une telle toxicité, notamment une famille de 4 personnes qui serait décédée en mangeant des champignons mais rien ne prouve ici que c'est bien l'amanite qui en est la cause. La seule chose certaine, finalement, est qu'ils retirent la cuticule avant de cuire le champignon !

A ce stade, nous pouvons formuler trois hypothèses sur la non toxicité de cette amanite qui appartient pourtant au groupe "phalloides / marmorata" dont les taxons connus sont réputés ou décrits comme mortels :


  1. Les habitants seraient « immunisés », leur corps pouvant dégrader les toxines contenues dans le champignon.
  2. Les toxines seraient contenues dans la cuticule uniquement, le reste du champignon étant comestible.
  3. Cette amanite serait entièrement comestible.




L'amanite de Bweyeye n'aura pas révélé aujourd'hui tous ses secrets… A suivre...



Si le mystère de l'amanite n'est pas résolu, les témoignages recueillis permettent néanmoins d'affiner le protocole de recherche : les amanites seront séparées en deux lots, l'un comportant le chapeau en entier, l'autre le chapeau sans sa cuticule. Ces deux lots seront coupés et séchés séparément en vue d'une analyse toxicologique distincte prévue de retour de mission… 









Le mystère de l'amanite de Bweyeye

Cercopithecus l'hoesti
Aujourd'hui nous avons rendez-vous à Bweyeye, un village situé en bordure du Parc National de Nyungwe (970 km²), au sud-ouest du Rwanda, à la frontière du Burundi, non loin du Lac Kivu. La Forêt de montagne du Nyungwe est probablement l'une des mieux préservées d'Afrique centrale avec une faune et une flore exceptionnellement riches : près de 13 espèces de primates, 32 d'amphibiens, 38 de reptiles, un millier de plantes… La flore mycologique y est par contre largement méconnue, comme dans la plupart des régions et pays avoisinants, ce qui justifie l'organisation de missions scientifiques, comme celle-ci qui vise en particulier à mieux connaître les champignons comestibles.

Rendez-vous en terre Batwa

Après deux heures de pistes chaotiques à travers la Forêt du Nyungwe, nous arrivons à Bweyeye. Une partie du village est peuplée d'habitants d'origine Batwa, à l'origine des chasseurs-cueilleurs qui vivaient dans la forêt. Jean-Marie, un garde qui avait déjà participé à la précédente mission scientifique, en octobre dernier, nous y attend.

La première mission d'octobre avait révélé la présence d'une amanite indéterminée du groupe « phalloides » ou « marmorata », une espèce qu'il reste à identifier précisément et qui a très certainement accompagné les plantations d'eucalyptus originaires d'Australie. Ceci n'est pas très surprenant… car nombre d'espèces de champignons ont ainsi traversé le monde et trouvé de nouvelles terres d'accueil, inoculées ou « cachées » sous forme de mycelium dans les mottes de terre des arbres introduits (eucalyptus, pins...). Mais la surprise de taille… a été d'apprendre que les locaux mangeaient cette amanite… qui est considérée comme mortelle !

Comestible, l'amanite?

Jean-Marie nous a trouvé un habitant, Damascène, qui nous guidera pour retrouver cette amanite. L'objectif : en  récolter de grandes quantités pour faire une analyse génétique et toxicologique pour préciser le taxon et confirmer ou pas la présence de substances mortelles. Pendant ce temps, Assoumpta reste au village pour interroger des familles sur la manière dont ils préparent ce champignon.

"Cette amanite se mérite", précise Jérôme Degreef, responsable scientifique de la mission. Il nous faut en effet grimper au sommet de la colline pour trouver les lieux où poussent les fameux champignons à volve. Après trois heures de recherches, quelques champignons d'autres groupes se montrent, comme de superbes lépiotes… mais point d'amanites, alors qu'elles étaient très abondantes en octobre. La déception se lit sur le visage de Jérôme… lorsque, finalement, Damascène nous dirige vers une parcelle où il croit en avoir trouvé. « C'est bien cà ! » s'exclame Jérôme et, il n'en faut pas plus pour qu'elle soit photographiée, répertoriée et emportée pour la collection. 

Assoumpta recueille les témoignages des femmes
Après quelques dizaines de minutes, nous en trouverons encore trois autres, à différents états de maturité (voir photo), malheureusement une quantité largement insuffisante pour espérer faire une analyse toxicologique. Nous en profitons pour demander au guide s'il les mange et comment il les prépare. La réponse est positive mais il retire la peau qui recouvre le chapeau avant de cuire le champignon dans l'eau, ce que nous confirmera également Assoumpta, avec les témoignages de femmes du village.

Demain, nous reviendrons pour poursuivre les récoltes. Mais vu la faible abondance et afin de mettre toutes les chances de notre côté, nous avons demandé à notre guide local et aux enfants du village de nous en récolter.  Le résultat sera-t-il au rendez-vous ? Surprise, vendredi...

jeudi 16 avril 2015

En route vers Nyungwe

En route vers Nyungwe et Bweyeye

Après une première journée à Kigali consacrée aux derniers préparatifs de la mission, il aura fallu pas moins de 12 heures de route et de mauvaises pistes soumises à la saison des pluies – et leurs lots de surprises... - pour rejoindre le sud-ouest du Rwanda. 

Une première mission attend les scientifiques Jérôme et Assoumpta dans la zone tampon du Parc National de Nyungwe : résoudre le mystère de l'amanite de Bweyeye…  

À suivre...

vendredi 10 avril 2015

Mission "Rwanda Fungi 2015"



Du 13 avril au 4 mai 2015, le Jardin botanique Meise (Belgique) mènera une mission scientifique au Rwanda afin d’inventorier les populations de champignons comestibles des forêts de montagne dans plusieurs parcs naturels et forestiers : Parc National des Volcans, Forêt de Gishwati, Forêt de Nyungwe. Une mission exploratoire menée en novembre 2014 avait déjà permis d’identifier un certain nombre d’espèces sur le terrain.
Ce projet original combine la recherche fondamentale et la recherche appliquée. Il comporte aussi des développements économiques immédiats et durables en créant des activités génératrices de revenus pour les communautés locales et les opérateurs commerciaux.
La communication du projet sera réalisée via ce blog et une page Facebook qui détailleront les différentes facettes et étapes du projet. Ils seront utilisés également comme « carnet de mission » pour faire écho du travail effectué durant les trois semaines de mission (durant la mission si les moyens de communication sur place le permettent, sinon après). À la fin du projet (fin 2015 – début 2016 ) un reportage audio-visuel est également prévu.





Parmi les champignons comestibles, des souches locales d’espèces saprotrophes présentant un haut potentiel pour la culture et la commercialisation seront récoltées et ensuite mises en culture par Kigali Farms, une entreprise qui combine un but lucratif et une vocation sociale.